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Présidents à la place du Président

28 Octobre 2012 , Rédigé par

Les patrons de l'Association française des entreprises privées (Afep) ont proposé, dans un appel publié par le Journal du Dimanche à l’adresse de François Hollande, leur conception d’un pacte de compétitivité.

L’Afep commence par énoncer les mesures qu’elle juge nécessaire concernant la compétitivité. Selon eux, l’Etat doit commencer par « réaliser 60 milliards d'euros d'économies (3 points de PIB) au cours des cinq prochaines années ». Contradictoirement, l’Etat devrait aussi « baisser le coût du travail d'au moins 30 milliards d'euros sur deux ans, en réduisant les cotisations sociales qui pèsent sur les salaires moyens (2 smic et plus). Un transfert financé pour moitié par un relèvement de la TVA de 19,6% à 21% (la moyenne européenne) et l'autre moitié par une baisse des dépenses publiques ».

Sur le plan de la compétitivité, on comprend donc que l’Etat doit faire des économies - mais l’Afep ne donne pas de solution - et en parallèle se priver de 15 milliards d’euros de recette (les 15 autres milliards reposant, on commence à en avoir l’habitude, sur les ménages).

Si la baisse des cotisations sociales pourrait aider bon nombre d’entreprises françaises à s’en sortir (et là il ne faudrait pas viser uniquement les salaires moyens), comment une entreprise comme Bouygues (pour ne prendre que cet exemple) peut-elle demander cet effort au gouvernement alors qu’elle a réalisée en 2011 un bénéfice de plus de 1 milliard d’euros ? Comment des dirigeants d’entreprises qui réalisent des bénéfices parfois colossaux osent-ils demander à l’ensemble des français de les soutenir ?

Bien sur, la France a besoin de grandes entreprises et il ne faut pas les laisser quitter notre pays en leur imposant des charges trop élevées alors que d’autres pays européens peuvent être beaucoup plus attractifs fiscalement parlant. Mais à un moment où le gouvernement annonce des hausses d’impôts en demandant aux français de participer à "l’effort national", des groupes qui réalisent des bénéfices qui se chiffrent en millions voire en milliards d’euros ne devraient pas réclamer des mesures en leur faveur. On pourrait se dire que diminuer les cotisations sociales serait un mal pour un bien : cela pourrait permettre d’améliorer la compétitivité des entreprises et donc leurs profits, ce qui pourrait engendrer plus d’impôts sur les sociétés. Sauf que l’appel émane des PDG des plus grandes entreprises françaises, celles qui ne sont certainement pas les plus à plaindre (d’ailleurs, la proposition de baisser les cotisations sociales sur les salaires moyens exclu la plupart des PME).

Autre point dans l’appel au gouvernement par les dirigeants des grandes entreprises, le point « Environnement-Energie ». Tout d’abord, ils énoncent qu’il « faut se donner les moyens d'explorer et d'exploiter nos ressources nationales comme les gaz de schiste ».

Ces propos peuvent être choquant s’ils sous-entendent qu’il faut exploiter le gaz de schiste avec les connaissances actuelles, à savoir la perforation hydraulique. Cette technologie n’est pas au point, elle consomme des milliers de litres d’eau et pollue les nappes phréatiques. Les conséquences – pour la santé et pour l’environnement – ne sont pas à démontrer il me semble. Tant qu’il existe des risques aussi importants, l’exploitation de ce gaz parait impensable. Les hommes ne démontrent que trop souvent qu’ils sont prêts à tout du moment qu’ils peuvent en tirer un profit ; heureusement que notre Président a interdit l’exploitation des gaz de schiste.

Au contraire, si l’Afep sous-entend uniquement qu’il ne faut pas se fermer totalement sur ce sujet là, elle a certainement raison. Ce qu’il faut, c’est se donner les moyens d’être en mesure d’exploiter dans un futur proche ces ressources. Mais seulement avec une technologie qui sera sans risque pour la santé et l’environnement.

L’Afep énonce ensuite qu’il faut « rester pragmatique dans la mise en œuvre de la transition énergétique, qu'il s'agisse de réduire nos émissions de CO2 ou notre exposition à la production d'électricité d'origine nucléaire ». Pour traduire ces propos sans langue de bois, l’Afep ne veut pas que la France aille vers une transition énergétique au profit des énergies vertes, une transition pourtant nécessaire à la préservation de notre planète.

Au final, l’Afep ne voudrait-elle pas être calife à la place du calife ?

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